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4-6 Décembre 2015
150K8’800m+8’500m-

Faire revivre d’anciens sentiers tribaux pour créer l’Ultra Trail le plus sauvage d’Asie

HISTOIRE DE LA COURSE

“Une idée qui n’est pas passée dans les muscles n’est qu’un rêve” (proverbe indien)

Tout a donc commencé par une idée, un jour de 2009. Où n’était-ce pas plutôt un coup de foudre ? En voyage en Thaïlande, Sébastien Bertrand vient de rentrer d’une immersion de quelques jours dans les montagnes du Nord. Et ce qu’il a vu, ces paysages de jungle et de cultures en terrasse, ces pitons rocheux dissimulant grottes et cascades, ou encore les villages sur pilotis des minorités ethniques, l’a enthousiasmé !

A l’origine

Passionné de nature et d’endurance, et professionnel du secteur (10 d’expérience professionnelle en marketing pour des marques oudoor), il s’est très vite éloigné des sentiers touristiques pour explorer d’autres chemins. Une fois dépassés les axes traditionnellement fréquentés par les trekkeurs, l’ambiance est différente. La nature est plus calme, silencieuse parfois, quand les cris des oiseaux s’arrêtent. Les paysages s’enchaînent dans une incroyable variété. Par endroits, la jungle s’épaissit, l’atmosphère devient alors sauvage et mystérieuse.

On a envie de se mettre à courir, pas pour fuir le lieu, mais pour communier encore plus avec sa magie. Les sentiers en terre s’y prêtent bien, ils s’enfoncent toujours plus loin, de crêtes en vallées. Mais il faut ralentir souvent pour enlever une branche, enjamber un tronc, ouvrir des passages dans la végétation. Il faudrait défricher les chemins sur une longue distance pour courir longtemps. Ce temps-là lui manque, il doit revenir sur ses pas. Avec la promesse intérieure de revenir.


“Faire quelque chose que personne n’a encore fait ?”

Janvier 2013 : à la faveur d’une transition professionnelle, il se lance et repart en Thaïlande. Avec cette fois un objectif clair et ambitieux : ouvrir et courir le premier sentier de Grande Randonnée du pays.

Il n’y a pas de chemins de randonnée en Thaïlande. Il le sait déjà. Il n’existe pas non plus de plans des sentiers, ni d’itinéraires connus des guides touristiques (en dehors des zones de trek, bien sûr). Il le pressentait, mais en a vite la confirmation. Arrivé confiant et enthousiaste à Chiang Mai, «son camp de base», la réalité le rattrape.

Autre prise de conscience : monter un projet à plusieurs milliers de kilomètres de chez soi pose quelques problèmes… Sur un plan pratique, il ne connaît pas bien la région et ne parle pas un mot de thaï. Quant à trouver quelqu’un pour l’aider, rien d’évident non plus. Les guides locaux qu’il consulte ne lui apportent pas vraiment de réponses. Une fois quittés les sentiers balisés, personne ne sait ce qui se cache sous cette jungle épaisse. Tout serait donc à inventer ?


A la recherche des sentiers du nord

Il faut bien commencer par quelque chose. Sur le papier, il trace un itinéraire reliant par la montagne les deux principales villes de l’ancien royaume de Lanna : Chiang Mai et Chiang Rai. C’est un itinéraire symbolique, qui a du sens.

Ce n’est pas tout, le parcours doit répondre à une autre exigence : passer par les plus belles et les plus hautes montagnes de Thaïlande. Le Doi Pui, le Doi Phaompok et surtout le fascinant Doi Chiang Dao, la seule montagne alpine du pays. Encore méconnu, ce sommet lui semble incontournable. Mais reste la question cruciale : comment trouver les sentiers ?

Le parcours qu’il a esquissé est en pleine zone tribale. Ces montagnes sont habitées par les ethnies Hmong, Karen, Lisu ou Akha, des peuples venus de Chine et de Birmanie. Les sentiers, ce sont eux ou leurs ancêtres qui les ont tracés, pour communiquer entre les villages. S’il veut remonter à la source de cette connaissance, c’est dans les tribus qu’il doit se rendre.


Pas à pas

Avec Ya, un traducteur-interprète qui accepte de le suivre, ils se mettent en route. Il faut aller dans les villages, parfois très isolés, et se présenter. Expliquer le projet, répondre aux questions et dissiper les doutes.

Peu à peu, ils nouent des contacts, des liens de confiance. On discute autour du plan, on recoupe les informations, et puis on tente de trouver un guide. Fixer un rendez-vous, revenir plus tard, dans quelques jours, discuter à nouveau, parlementer,...

Et quand, enfin, ils ont convaincu, il faut s’engager derrière un guide improvisé sur des chemins touffus et accidentés, trouver la bonne trace, passer au coupe-coupe, conforter l’itinéraire, le relever au GPS...


Pionniers !

Jeri, Janet, Marc, Sylvain et Tarmo, ils sont cinq athlètes européens et asiatiques à le rejoindre. Conquis par le projet, ils ont accepté de courir avec lui ce projet fou dont il vient de tracer le parcours.

Décembre 2013 : partis ensemble de Chiang Mai, c’est ensemble qu’ils atteignent Chiang Rai après sept jours d’efforts. L’aventure est épique et forcément inoubliable (lire le récit de cette aventure). Au-delà du challenge, ils ont le sentiment d’avoir ouvert une voie en Thaïlande : courir la 1ère aventure trail et ouvrir le premier long sentier du pays.

Cette première en appelle d’autres. Les sentiers du nord, méconnus ou oubliés, ont retrouvé vie. Dans cette région exceptionnelle par sa beauté et sa diversité, il y encore tant à explorer. La quête de nouveaux chemins n’en est qu’à ses débuts, l’Ultra Thai Chiang Mai est né !